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édito

Essayer voir
« L’artiste est inventeur de temps. Il façonne, il donne chair à des durées jusqu’alors impossibles ou impensables : apories, fables chroniques. Essayer voir, ce n’est pas seulement essayer de voir. C’est accorder son regard à la durée d’un “essai”, cette forme de pensée à la limite du théorique et du poétique. »
Georges DIDI-HUBERMAN

Dansem, dix-septième !
Pour maintenir un regard ouvert sur les artistes d’ici et d’ailleurs, pour continuer d’inclure les singularités des uns et des autres dans le spectacle vivant et l’art chorégraphique, avec toujours la même prédisposition à tisser un programme d’échange avec les théâtres et les lieux culturels de Marseille, d’Aix et d’Arles : un possible cheminement de rencontres et de dialogue entre les artistes, les oeuvres et le public.
Nous tous, en somme, ensemble.
Le spectacle vivant se fonde sur cet acte partagé de vivre l’art au présent. Mais il est en pleine mutation. Affecté dans son devenir par la réforme territoriale qui dessinera notre avenir proche et dont nous, comme tant d’autres associations culturelles, dépendons. Affecté par la réforme de la convention de l’assurance chômage qui touche de plein fouet les artistes et techniciens qui subissent déjà, dans le spectacle vivant, une progressive raréfaction de leur travail.
Nous sommes aux aguets.
Nous maintenons ce désir fort de nous adresser à tous pour partager ce qui fait sens comme ce qui fait dissension, ce qui oeuvre pour les passions et ce qui prime par le concept. Plus que tout, ce qui nous pousse à essayer voir. Essayer voir est le titre d’un ouvrage de Georges Didi-Huberman. Cette expression, dit un ami, s’incarne en nous devant une danse : non pas la vouloir juger, non pas l’assigner à une place définitive dans la hiérarchie des valeurs ou de l’histoire, mais faire dériver les forces qu’elle nous apporte pour transformer – expérimentalement – notre propre langage et notre pensée devant elle. Essayer voir tendrait donc à faire partager au spect-acteur le processus de l’oeuvre au travail : il ne se manifeste pas par une esthétique dominante (regarde-moi, moi la meilleure, la plus… etc. etc.) mais révèle les diverses trames actives dans l’oeuvre.
Trames ?
Oui, comme les épices en cuisine sont partie intégrante de la gastronomie, ainsi sont les trames qui étagent la composition et ses saveurs. On y décèle des possibles qui restent à découvrir.

Alors, pour cette 17ème édition, essayons voir ensemble.

Tous nos remerciements aux institutions qui maintiennent leur soutien à notre activité.

Cristiano CARPANINI
Directeur artistique de L’Officina / Dansem