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Huit minutes de pose

2007 > 2008

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L’Officina a accompagné le projet de Manon Avram en proposant aux jeunes de l’association Savoirs pour Réussir de rencontrer le travail d’une artiste-photographe et de partager une expérience intime et collective à travers l’expérience du portrait photographique, de l’entretien et de la réalisation d’une installation artistique.

 

Le projet Huit minutes de pose:
Une série de témoignages visuels et sonores, installée en direct ou en différé, pour partager avec le public la question de l’abandon perceptible d’une représentation de soi dans un contexte hostile à l’intimité : l’espace de jeu.

 

Le projet, 8 minutes de Pose, a débuté par un questionnement : Est-il possible d’atteindre une forme d’intimité, quelle qu’elle soit, dans un espace de représentation ? Et pour être plus précis, je voulais voir si le portrait photographique pouvait dévoiler, révéler quelque chose comme la singularité du modèle photographié.
En parcourant certains écrits de G.D. Huberman (L’invention de l’hystérie) ou de Nadar, sur les débuts de la photographie, j’ai trouvé là un chemin possible pour vérifier si mes envies étaient totalement utopiques ou si ces deux antipodes pouvaient coexister.
Au milieu du dix-neuvième siècle, les modèles devaient poser pendant des dizaines de minutes pour se faire tirer le portrait, en raison de la faible intensité du film photographique.
En regardant ces premiers portraits, j’ai été étonnée par la dualité de ce qu’ils révélaient : un modèle figé dans une posture stéréotypée mais paradoxalement mue par une émanation singulière. J’ai compris que les modèles, du fait de devoir rester immobiles pendant un certain temps, passaient progressivement d’un état de représentation, à un état d’abandon par la concentration et la contrainte du temps et du dispositif.
J’ai donc décidé de demander à des gens de venir pauser pendant 8 minutes devant un 6cm/6cm (appareil photo).
Mais cette durée peut-elle être discernable sur l’image figée d’une photographie ? Même si l’absence de netteté des contours et le regard habité des modèles contrastent très clairement avec les photographies instantanées, il me fallait exploiter un autre outil pour restituer l’expérience de ce temps passé ensemble à attendre que la pellicule s’impressionne. Aussi, après chaque prise de vue, j’envisage d’enregistrer pendant 8 minutes les observations des personnes qui auront pausé. Je pense exploiter le rendu de ces expériences mais aussi et surtout l’expérience elle-même : Huit minutes durant lesquelles le sujet ne doit pas bouger. Son premier réflexe, face à l’appareil, est d’adopter une posture révélant sa « belle face ». Puis presque indépendamment de sa volonté, astreint à l’immobilité et concentré sur l’objectif, il nous invite, à travers son regard, à le visiter plus intimement. Le « lâcher prise » vient d’opérer et ce que nous pouvons voir maintenant semble « nous regarder ».

Manon Avram

 

production L’Officina en partenariat avec l’association Savoirs pour réussir, soutenue dans le cadre du Projet d’Economie Sociale et Solidaire de la Fodation de la Caisse d’Epargne coproduction Université de Pau et des Pays de l’Adour // Lycée Marseilleveyre // l’E.C.M. // Université de Poitiers en partenariat avec Friche la Belle de Mai (SFT) // le Moulin // Dakiling.
Ce projet a été soutenu par la Ville de Marseille, le Conseil Général des Bouches-du-Rhône, le Conseil Régional P.A.C.A. et par le ministère de la Culture et de la Communication- Direction Régionale des Affaires Culturelles Provence Alpes Côte d’ Azur dans le cadre de l’aide à la création et par la Fondation Caisse d’Epargne. ©Sophie Souriant